Une évaluation des coûts des impacts des changements climatiques pour le Québec

Par Florence Danner 15 juin 2015 09:56:00

 

Dans son nouveau rapport « Évaluation des impacts des changements climatiques et de leurs coûts pour le Québec et l’État québécois », Ouranos a identifié et quantifié les impacts attribuables aux changements climatiques sur la santé et les infrastructures. Les chercheurs ont évalué les coûts à la fois pour l’État et pour l’ensemble de la société. C’est une démarche très intéressante et novatrice. Il s’agit d’une première évaluation qui s’est concentrée sur des enjeux spécifiques dans deux thématiques principales : la santé et les infrastructures. Concernant la santé, les chercheurs se sont intéressés aux coûts associés à la chaleur, aux zoonoses (maladie de Lyme et Virus du Nil occidental) et au pollen de l’herbe à poux. Pour les infrastructures, ils ont évalué le coût de l’érosion des côtes, du dégel du pergélisol, et des inondations.

Les coûts énoncés ci-dessous ont été évalués pour le gouvernement québécois dans son ensemble, et ce, pour les cinquante prochaines années.

D’abord pour la santé, les coûts liés à la chaleur sont évalués entre 246 et 515 millions entre 2015 et 2065. Les chercheurs évaluent que 20 000 décès additionnels seront causés par l’augmentation de la température dans les 50 prochaines années. Donc pour la société, les coûts s’élèveraient à près de 33 milliards de dollars, essentiellement attribuables aux pertes de vie prématurées. Pour les zoonoses, la facture sera aussi salée. Dans les cas de la maladie de Lyme, les détections tardives font presque tripler les coûts pour le gouvernement, et on évalue la facture totale entre 39 et 94 millions de dollars entre 2015 et 2065. Le virus du Nil occidental devrait représenter 60 décès additionnels dans les 50 prochaines années, pour une facture chiffrée entre 35 et 38 millions de dollars.  Pour le pollen, il en coûtera entre 289 et 428 millions de dollars de plus dans le futur, sachant que les coûts du pollen sans changement climatique sont déjà de 3,4 milliards de dollars pour les 50 prochaines années.

En ce qui concerneles infrastructures, l’érosion des cotes est chiffrée entre 557 et 1117 millions de dollars. Cinq mille trois cents (5300) bâtiments, plus de 1 300 terrains non bâtis, plus de 300 km de routes et plus de 25 km de chemins de fer seront vraisemblablement perdus par l’érosion dans les prochaines années. Le dégel du pergélisol est évalué entre 64 et 217 millions, mais les coûts les plus importants dans le Nord sont liés aux événements extrêmes, indépendamment de la présence du pergélisol. Les inondations coûtent déjà en moyenne 70 millions par année, avec des variations allant de 0 $ à 182 millions par année sur la base des données historiques.

L’étude conclut que les coûts sans changements climatiques sont déjà passablement élevés pour l’ensemble des enjeux. En ce qui concerne l’impact des changements climatiques, les coûts pour la santé seraient particulièrement élevés, notamment pour la chaleur et le pollen de l’herbe à poux, sans inclure les autres sources de pollens (arbres, graminées). Les coûts de l’érosion côtière seraient relativement élevés, alors que les coûts les plus importants pour les régions nordiques semblent davantage liés aux événements extrêmes.

La prévention permet de se préparer à faire face aux impacts des changements climatiques, notamment en santé et en matière d’aménagement du territoire. L’ampleur de certains impacts peut être grandement réduite par des efforts de prévention comme la sensibilisation, la formation et la surveillance. La prévention s’avère également une manière très efficace de réduire les coûts, à la fois associés aux changements climatiques, mais aussi les coûts déjà élevés sans les effets des changements climatiques. Plusieurs mesures d’adaptation auront pour effet de rendre nos sociétés plus résilientes pour faire face aux changements climatiques et permettront d’atteindre plusieurs autres objectifs de développement, par exemple le développement durable, l’efficacité énergétique, la réduction de la consommation et de production d’eau potable, etc. Plusieurs de ces options d’adaptation sont également très rentables!

Par ailleurs, certains éléments qui constituent déjà des problématiques importantes en ce moment et risquent de s’aggraver avec les changements climatiques. La marge dont on dispose actuellement pour faire face aux extrêmes ne sera pas suffisante. Par conséquent, il y a un intérêt à mettre en place des mesures d’adaptation préventives, car selon les auteurs, celles-ci ont souvent pour effet de contribuer à diminuer l’ampleur des problèmes existants. Une stratégie solide d’adaptation permettra ainsi de réduire les coûts pour toute la société.

De futures analyses devraient tenter d’aller plus loin dans cette démarche : par exemple de comptabiliser ces coûts non marchands, comme la perte de services écologiques, les enjeux d’équité intergénérationnelle, etc. Des études comme celle-ci sont cruciales pour convaincre de l’urgence d’agir maintenant pour préparer un avenir plus serein!

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