Sécheresses
Plus de sécheresses à l'échelle de la planète
Bien qu’il soit probable qu’un réchauffement de la planète
occasionne, dans l’ensemble, plus de précipitations, les sécheresses
pourraient devenir plus fréquentes ou s’aggraver à cause des
changements climatiques1. De fait, des températures
élevées associées à une saison chaude prolongée
pourraient favoriser une perte d'humidité par évaporation, perte qui
dépasserait les gains réalisés par l’augmentation des
précipitations. En outre, il semble y avoir une tendance voulant que les
étés chauds soient suivis par d’autres étés chauds,
et ainsi de suite2. Or, selon une récente
étude du Centre national américain de recherche atmosphérique,
la sécheresse devrait s’accentuer à l’échelle de
la planète au cours du XXIe siècle, sauf dans les régions situées
à des latitudes élevées où le climat deviendrait plus
humide3. Au Canada, cette exception toucherait
la région située au nord du pays et donc au nord des principales
zones habitées. Il s’avère donc important de développer
des stratégies d’adaptation pour y faire face2.
Qu'est-ce qu'on entend par sécheresse?
Les sécheresses sont des phénomènes complexes qui réfèrent
à des périodes sèches temporaires, contrairement au caractère
permanent de l’aridité3. Comparativement
aux autres aléas, elles peuvent s’étendre sur un territoire
beaucoup plus vaste et durer beaucoup plus longtemps4.
À ce jour, il n’existerait aucune définition précise
des sécheresses2. Pour simplifier, le
Groupe d'étude des sécheresses chez Environnement Canada avance qu’une
sécheresse est une période prolongée de temps anormalement
sec qui épuise les ressources en eau nécessaires à l’humain
et à l’environnement. Les sécheresses se distingueraient toutefois
les unes des autres par leur durée, leur intensité, les conditions
antérieures de la région affectée et sa capacité de
s'adapter aux pénuries d'eau. Les dates du début de fin des périodes
de sécheresse sont aussi des facteurs importants à considérer5.
Les sécheresses sont généralement classifiées selon
trois types : la sécheresse météorologique, la sécheresse
agricole et la sécheresse hydrologique3.
La sécheresse météorologique est une période de plusieurs
mois ou années avec des précipitations inférieures à
la normale. Souvent accompagnée de températures supérieures
à la normale, la sécheresse météorologique précède
et entraîne d'autres types de sécheresses. La sécheresse agricole
se caractérise par une période où les sols sont secs. Elle
résulte de précipitations inférieures à la moyenne,
d’épisodes de pluie intense moins fréquents, ou d’une
évaporation au-dessus de la normale – autant de conditions qui conduisent
à la réduction des cultures et de la croissance des plantes. Quant
à la sécheresse hydrologique, elle se produit lorsque le débit
du fleuve et le stockage de l’eau (dans les aquifères, les lacs, les
réservoirs) tombent à un niveau inférieur des niveaux moyens
à long terme. La sécheresse hydrologique se développe plus
lentement, car il implique que l'eau stockée est épuisée, sans
pouvoir se renouveler.
Sécheresses au Canada
La plupart des régions du Canada ont connu la sécheresse2. Les Prairies et les vallées de l'intérieur
de la Colombie-Britannique (mais à un plus faible degré) s’avèrent
toutefois les régions les plus touchées, en raison de la variabilité
élevée des précipitations dans le temps et l’espace2. Au cours des deux derniers siècles,
on y compte au moins 40 sécheresses de longue durée, dont certaines
se seraient prolongées sur plusieurs années. En comparaison, les sécheresses
dans l’est du Canada sont habituellement d’une durée plus courte,
ainsi que de moindres fréquences et intensités. Elles touchent également
de moins vastes étendues. Malgré cela, les provinces maritimes seraient
les régions canadiennes les plus vulnérables aux effets des sécheresses,
où l’occurrence réduite de ce type d’aléas se traduirait
par une capacité d’adaptation inférieure2.
De 1900 à 2010, 48 sécheresses ont été répertoriées
au Canada, dont 5 au Québec6. Parmi ces
aléas, la sécheresse exceptionnelle de 2001-2002 qui a touché
la majeure partie du sud du pays, depuis la Colombie-Britannique jusqu’aux
provinces de l’Atlantique, en passant par les Prairies, les Grands Lacs et
la région du Saint-Laurent2.
Conséquences sanitaires liées aux sécheresses
Sur la base d’une revue de la littérature publiée en 2004, des
chercheurs canadiens déduisent que les effets sanitaires liés aux
sécheresses dans les Prairies pouvaient aller des affections respiratoires
consécutives à l’inhalation de poussières ou de fumée
due aux incendies de forêt, aux troubles de santé mentale provoqués
par le stress économique, notamment chez les agriculteurs7.
Ils concluent que l’on connaît mal les effets de la sécheresse
sur la santé des individus dans cette région du pays. Une observation
qui est corroborée par une revue de la littérature réalisée
récemment par l’Institut national de santé publique du Québec,
dans laquelle seulement trois études étiologiques ont été
répertoriées à ce sujet8. On y rapporte notamment que la sécheresse
serait un précurseur nécessaire de l’encéphalite St-Louis
et que la diminution de pluie serait associée à un risque de diarrhée,
tout spécialement en milieu rural, chez les personnes utilisant les puits
domestiques comme source principale d’eau.
La sécheresse : un précurseur nécessaire de l’encéphalite
St-Louis
Une étude réalisée aux États-Unis de 1990 à 1998
a rapporté que la prévalence de l’encéphalite St-Louis
humaine est toujours précédée d’une période de
quatre mois de sécheresse, période suivie de 15 jours de pluie9. D’après les chercheurs, ce résultat
supporte l’hypothèse selon laquelle la sécheresse printanière
facilite l’amplification du virus de l’encéphalite St-Louis dans
les populations d’oiseaux et de moustiques.
Risque de diarrhée lorsqu’il pleut moins
Une métaanalyse réalisée à partir des écrits
publiés de 1954 à 2000 sur la diarrhée infantile dans plusieurs
pays et touchant divers continents, dont les Amériques, a documenté
une augmentation de l’incidence de diarrhée de 4 % (IC95 % : 1 – 7) pour chaque baisse de
10 mm de pluie par mois10. Ce résultat
pourrait s’expliquer par la concentration des microorganismes liée
à la réduction du flux d’eau pendant les sécheresses
d’une part, et par la diminution de l’eau pour l’hygiène
de base pendant ces périodes sèches d’autre part11. Toutefois, aucune association significative n’a
été observée entre l’incidence de diarrhée et
la température moyenne (β = 1,04; IC95 % : 0,96 - 1,12).
Selon les auteurs, la faible variation de température dans les régions
étudiées (température médiane : 24,5 °C;
25e-75e percentile : 19,5 - 26) serait l’une des raisons pouvant expliquer
cet état de choses.
Risque de maladies gastro-intestinales aigües en milieu rural
Comme observé dans une étude réalisée dans plusieurs
municipalités rurales du Québec, de 2007 à 2008, le temps sec
quatre semaines après les faibles pluies accroîtrait le risque de maladies
gastro-intestinales aiguës par un facteur de 3 chez les résidants
utilisant les puits domestiques comme source principale d’eau12. Il semble que
de telles conditions météorologiques puissent amener un abaissement
de la nappe phréatique et une contamination des eaux souterraines par les
eaux de surface, de même qu’une concentration des eaux usées
pouvant contaminer les sources d’eau13.
Qui est vulnérable?
Tout le monde exposé à une sécheresse peut en être affecté,
tant en milieu urbain qu’en milieu rural8. Cela dit, certaines personnes demeurent
plus à risque que d’autres du fait qu’elles remplissent certaines
conditions les rendant encore plus vulnérables, dont :
- des caractéristiques qui augmentent la sensibilité, comme :
- la présence de problèmes de santé chroniques, dont les problèmes
respiratoires, parce que la sécheresse augmente l’érosion du
sol et la poussière dans l’air, en plus d’accroître la
fréquence des incendies de forêt;
- l’âge avancé, parce que les conséquences d’une gastro-entérite
(en raison de la piètre qualité de l’eau) peuvent être
plus graves chez les gens âgés;
- des caractéristiques qui peuvent concourir à l’exposition, dont :
- le manque de ressources personnelles, en particulier chez les sans-abri;
- le type d’activités, comme la baignade dans un cours d’eau dont
le faible débit ne permet pas sa régénération, ce qui
accroît le risque de maladies infectieuses;
- le type de travail, comme la réduction du revenu pour les agriculteurs et
son effet d'entraînement sur leur santé mentale et le bien-être
des membres de leur ménage;
- le milieu de vie, comme une région propice aux sécheresses, ou une
municipalité ayant une faible capacité d’adaptation dans un
contexte de pénurie d’eau;
- des caractéristiques qui peuvent restreindre le soutien, comme :
- une mobilité réduite, en particulier chez les personnes alitées
(car lorsqu’il fait sec, il peut également faire très chaud);
- les conflits entre les usagers (par exemple, entre les agriculteurs et la population
générale d’une même communauté).
Pour plus de détails, visitez la section Ma Région, qui identifie les risques pour chaque région du Québec.
S'adapter
Afin de s’adapter aux sécheresses, diverses stratégies tenant
compte de l'emplacement, du secteur, de la nature et du moment de la sécheresse
doivent être déployées tant par les individus que par les collectivités
et les instances gouvernementales2. Ces stratégies
incluent des mesures diversifiées, comme la conservation de l’eau et
des sols, l’amélioration de l'irrigation, la construction d'infrastructures
(p. ex., puits, canalisations, mares artificielles, réservoirs) et l'exploration
de sources d'eau souterraine.
Le système de surveillance des impacts sanitaires des aléas hydrométéorologiques
et géologiques (incluant les sécheresses) développé
actuellement par l’Institut national de santé publique du Québec en collaboration avec le ministère de la Sécurité publique,
dans le cadre du PACC – volet santé, soutiendra le secteur de la santé.
Toutefois, davantage de recherches sur la relation entre les sécheresses
(passées ou à venir) et les effets sanitaires (p. ex., problèmes
de santé mentale, respiratoires et d’origine hydrique) s’avèrent
des plus nécessaires et pertinentes dans un contexte de changements climatiques.
L’atteinte des objectifs précédents contribuera au secteur de
l’agriculture, notamment parce la surveillance des sécheresses relativement
à l’approvisionnement en eau, à la dégradation des sols
et à la production agricole y est essentielle, tout comme la bonne santé
des travailleurs. La promotion de pratiques qui réduisent la vulnérabilité
à la sécheresse et améliorent la gestion pendant les périodes
de sécheresse doit toutefois être considérée14.
Enfin, répondre favorablement aux recommandations de la Commission sur l’avenir
de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois dans
une perspective d’agriculture durable et en santé permettrait de faire
un grand pas dans la bonne direction15.
La section Adaptation du site vous permet d’en apprendre
plus sur les adaptations existantes et requises.
Informations complémentaires
Les liens et documents suivants vous permettent d'en apprendre davantage sur les
sécheresses.
Aléas
Le terme "aléa" s’impose de plus en plus dans la francophonie pour exprimer la notion
de hazard utilisée en anglais1.
Un aléa constitue un phénomène, une manifestation physique ou une activité humaine
susceptible d’occasionner des pertes de vies humaines ou des blessures, des dommages
aux biens, des perturbations sociales et économiques ou une dégradation de l’environnement1.
Cette définition a été adaptée par les autorités de la sécurité publique du Québec,
à partir de la définition retenue par la Stratégie internationale des Nations Unies
pour la prévention des catastrophes.
Comme rapporté dans les concepts de base de la sécurité civile1, les
aléas présentent des caractéristiques variées. L’intensité (comme la force d’une
tornade), la probabilité d’occurrence (par exemple, la probabilité de la survenue
d’une inondation comparativement à celle d’une tornade) ou la récurrence (comme
la récurrence élevée pour une inondation dont la période de retour de débits des
crues est inférieure à 20 ans), la localisation spatiale et l’étendue possible de
ses effets (tel le verglas de 1998 relativement à un verglas de moindre envergure)
y sont identifiées comme étant les caractéristiques le plus souvent utilisées pour
estimer l’importance de l’aléa. Elles y sont également qualifiées de déterminantes
dans l’établissement du niveau de risque.
Selon la typologie des aléas, présentée à titre indicatif par la sécurité publique
du Québec, les aléas naturels sont constitués d’aléas hydrométéorologiques, d’aléas
géologiques et d’aléas biologiques (p. ex., une épidémie, une pandémie)1.
Dans le cadre du PACC – volet santé, seuls les aléas hydrométéorologiques ou géologiques
amplifiés par les changements climatiques de causes anthropiques ont été retenus.
Les aléas hydrométéorologiques incluent divers aléas comme les ouragans, les tornades
et autres vents violents, les incendies de forêt, les tempêtes de neige, le verglas,
les vagues de froid intense, les vagues de chaleur, les pluies diluviennes, la grêle,
les inondations, la sécheresse, la foudre et les avalanches; alors que les aléas
géologiques recoupent surtout des mouvements de terrain, dont les glissements.
Références :
7. Smoyer-Tomic, K.E. et collab. (2004). Health consequences of drought on the Canadian Prairies. EcoHealth, vol. 1, n° suppl. 2, p. 144-154.
9. Shaman, J., Day, J.F., Stieglitz, M. (2004). The spatial-temporal distribution of drought, wetting, and human cases of St. Louis encephalitis in southcentral Florida. Am J Trop Med Hyg, vol. 71, n° 3, p. 251-261.
10. Lloyd, S.J., Kovats, R.S., Armstrong, B.G. (2007). Global diarrhoea morbidity, weather and climate. Climate Research, vol. 34, p. 119-127.
11. Rose, J.B. et collab. (2001). Climate variability and change in the United States: potential impacts on waterborne and foodborne diseases caused by microbiological agents. Environmental Health Perspectives, vol. 109, n° supplement 2, p. 211-220.
12. Febriani, Y. et collab. (2010). The association between farming activities, precipitation, and the risk of acute gastrointestinal illness in rural municipalities of Quebec, Canada: a cross sectional study. BMC Public Health, vol. 10, p. 48.
13. Nichols, G. et collab. (2009). Rainfall and outbreaks of drinking water related disease in England and Wales. Journal of Water and Health, vol. 7, n° 1, p. 1-8.