Quand les changements climatiques irritent la santé mentale…

Par Mélanie Beaudoin 22 mai 2018 14:43:00

Quand on pense à la problématique des changements climatiques, le premier réflexe est d’associer cette question aux bouleversements environnementaux. Au fil des ans, nous avons tenté de vous présenter les effets de ceux-ci sur la santé des gens : effets de la chaleur sur les populations vulnérables, augmentation des pollens responsables d’allergies saisonnières, migration vers le nord des tiques responsables de la maladie de Lyme... Toutefois, la dimension de la santé mentale est également menacée par les effets des changements climatiques et les bouleversements qu’ils engendrent, sans faire grande presse jusqu’ici. Nous abordons dans ce bulletin certaines recherches effectuées en lien avec les impacts de la chaleur, des inondations et de la maladie de Lyme sur la santé psychologique.

Chaleur

Les effets de la chaleur sur les populations vulnérables sont bien documentés (Mon climat, ma santé, s. d.) : déshydratation, épuisement, coup de chaleur, aggravation des symptômes liés aux maladies chroniques… Toutefois, quand on en vient à associer chaleur et problèmes de santé psychologique, les recherches à ce sujet sont moins nombreuses. Des études ont bien démontré des effets négatifs de la chaleur sur la santé mentale, mais il s’agit souvent d’une preuve corrélative, donc qui ne démontre pas un lien de cause à effet, et la portée de ces recherches est souvent limitée.

En Californie, une étude (Mullins et White, 2018) sur la chaleur et la santé psychologique a été réalisée, basée sur différentes informations : données de visites aux urgences pour des problèmes reliés à la santé mentale, données nationales sur les incidents de suicide et les réponses d’un sondage national. Une constante a été notée, selon laquelle les températures plus basses réduisent l’incidence de problèmes de santé mentale, alors que l’exposition aux températures plus élevées augmente l’aggravation de ces problèmes de santé, les températures entre 15 et 21 oC marquant le point de rupture. Les chercheurs ont également considéré un certain nombre de facteurs pouvant influencer cette association : climatisation du logement, accès à des professionnels en santé mentale, couverture d’assurance pour des services en santé mentale, disponibilité de centres de traitements pour les dépendances, conditions climatiques de base et niveau financier local. Selon ces facteurs, seul le revenu a un impact modéré sur les visites aux urgences lors de températures élevées.

Les auteurs ont donc cherché des mécanismes par lesquels les effets de la chaleur peuvent influencer la santé mentale. En premier lieu, plusieurs études ont mis en évidence les effets des températures chaudes sur la qualité du sommeil. Les chercheurs ont ainsi estimé les effets des températures minimales et maximales sur les trois données analysées. En effet, mentionnent-ils, si le sommeil est un mécanisme primaire permettant d’observer la relation entre le sommeil et la température, les conditions météorologiques au moment du sommeil devraient être un meilleur prédicteur de santé mentale comparativement à ces mêmes conditions durant les heures d’éveil. Selon les résultats, l’effet d’une augmentation des températures minimales est beaucoup plus significatif que celle des températures maximales sur les visites aux urgences, les suicides, ainsi que pour deux des trois manifestations de problèmes de santé mentale dans le sondage.

En se basant sur un scénario de statu quo en matière d’émissions de gaz à effet de serre, les auteurs estiment que les changements climatiques et l’augmentation des températures qui en résultera pourraient engendrer une augmentation de plus de 1 000 suicides par année aux États-Unis, soit une augmentation de 2,7 %, et une augmentation de 15 368 visites additionnelles annuellement aux urgences des hôpitaux californiens, pour les seuls problèmes de santé mentale. Ces éléments suggèrent, selon les auteurs, que les décideurs pourraient cibler les services de prévention du suicide et de gestion de crise basés sur les prévisions météorologiques, à court et moyen terme. De plus, l’effet négatif sur la santé mentale pourra être réduit en minimisant l’accroissement des températures par le biais d’une réduction globale des impacts des changements climatiques. Les auteurs notent qu’au-delà des résultats de leur étude, d’autres effets des changements climatiques sur la santé mentale sont discutés dans la littérature, comme une augmentation du stress et une diminution du bien-être général.

Des résultats similaires, en ce qui concerne les consultations à l’urgence, ont été mis en évidence au Québec. En effet, une analyse des consultations pour problèmes psychosociaux et de santé mentale à l’urgence au Québec de 1995 à 2007 montrait une augmentation des visites – avec la température et l’humidité l’été – de l’ordre de 5 à 10 %, variant selon la région et les classes d’âge (Vida et al., 2012). Des sondages menés en 2015 dans tout le Québec sur les effets ressentis de la température élevée montrent aussi environ 19 % de personnes incommodées sur le plan de la santé mentale lors de périodes estivales chaudes (Valois et al., 2016a).

Inondations

Les inondations vécues au Québec au printemps 2017 ont amené leur lot de désagréments et de préoccupations pour les Québécois qui les ont vécues. Au-delà des blessures physiques et des infections qui peuvent être subies, l’impact sur la santé mentale des sinistrés peut être important. D’ailleurs, un communiqué du directeur de santé publique de Montréal faisait état de la détresse psychologique des sinistrés, en juin 2017.

Au Royaume-Uni, une étude (Waite et al., 2017) a été menée sur des populations ayant vécu des inondations à l’hiver 2013-2014. Au cours de la première année de l’étude, une analyse transversale de gens ayant vécu dans des quartiers affectés par les inondations a été conduite, six mois après les événements.

Les participants étaient regroupés en trois groupes : les personnes inondées, les personnes ayant été perturbées par les inondations (sans avoir de refoulement d’eau dans leur habitation), et celles qui n’avaient pas été affectées. Plus de 2 000 personnes ont répondu à l’appel, et la prévalence de morbidité psychologique (dépression, anxiété et trouble de stress post-traumatique) était élevée parmi les personnes ayant été inondées (n = 622) et, dans une moindre mesure, celles ayant été perturbées par les inondations (n = 1 099). L’inondation était associée à un risque plus important pour tous les types de symptômes. Des facteurs aggravants ont été identifiés, comme la perte d’un service utilitaire (électricité, eau, fosse septique, communication…), la hauteur de l’inondation ou la perte d’accès au système de santé ou d’éducation, ou au lieu de travail ou d’activités.

Tableau 1 : Proportion des répondants ayant manifesté ressentir ces symptômes


  An 1 An 2
  Dépression Anxiété Stress post-traumatique Dépression Anxiété
Inondées 20,1 % 28,3 % 36,2 % 10,6 % 13,6 %
Impactées 9,6 % 10,7 % 15,2 % 4,1 % 6,4 %
Non affectées 5,8 % 6,5 % 7,9 % 1,5 % 2,9 %


L’équipe de recherche a poursuivi ses travaux (Jermacane et al., 2018) pendant la deuxième année suivant l’inondation. Soixante-dix pour cent (70 %) des participants de l’étude à l’an 1 ont répondu au nouveau questionnaire. Bien que les taux d’impacts psychologiques aient diminué, la prévalence de morbidité psychologique (dépression, anxiété et trouble de stress post-traumatique) est demeurée élevée chez les personnes ayant été inondées (n = 339). L’association entre les perturbations engendrées par l’inondation et la morbidité psychologique, identifiée à l’an 1, n’était toutefois plus statistiquement significative. L’étude a également montré que 14 % des répondants ont vécu des dommages persistants à leur résidence à la suite de l’inondation (moisissures, humidité, problèmes d’égouts ou avec d’autres services publics). Chez ces personnes, un plus grand risque de morbidité psychologique est noté que chez celles n’ayant pas rapporté de tels ennuis.

Les chercheurs mentionnent qu’il y a certainement des gains significatifs en matière de santé lorsque les résidences sont réparées rapidement à la suite d’un sinistre et qu’un accès efficient aux services psychologiques est mis en place. De tels services et des plans d’action sont nécessaires autant pour les personnes ayant été inondées que pour celles dont les vies ont été autrement perturbées en raison des inondations.

Dans une autre étude conduite en Espagne (Foudi, Osés-Eraso et Galarraga, 2017) auprès de populations ayant vécu des inondations au cours des 30 dernières années, on a noté que les gens ayant vécu des inondations qui ont engendré des dommages matériels, physiques ou intangibles (comme la perte de biens irremplaçables ayant une valeur sentimentale) ont vu leur santé mentale se dégrader. La détresse était plus importante chez ceux ayant subi des préjudices physiques, et, dans une moindre mesure, ceux ayant encouru des dommages intangibles. Dans cette étude également, la hauteur de l’inondation et la vitesse d’écoulement ont été identifiées comme des facteurs de stress pour les gens ayant vécu des inondations.

Cette étude a aussi mis en évidence le fait que la détresse mentale était plus faible chez les personnes qui savaient que leur résidence était située dans une zone inondable que ceux qui l’ignoraient, d’où l’importance de bien connaître le territoire et de disposer de cartes des zones inondables à jour. Dans cette étude, toutefois, les chercheurs ont mis en lumière le fait que les gens qui connaissaient le risque avaient obtenu l’information par déduction (être situé près de la rivière) ou par le voisinage plutôt que par les médias ou des institutions officielles. « Fournir aux citoyens un accès efficient à l’information, dans un langage et un format compréhensibles par le grand public, réduirait cet écart entre les sources d’information. » Les auteurs mentionnent que, bien que le développement de la conscience individuelle des risques d’inondation réduise la détresse psychologique liée aux sinistres, les gens n’en perçoivent pas toujours la menace ou la sévérité et posent très peu de gestes pour réduire leur risque. Il importe donc, pour les autorités publiques, de fournir du soutien et d’orienter les citoyens quant aux mesures préventives et réparatrices à prendre dans la gestion des risques d’inondation. Une campagne d’éducation efficace peut permettre d’autonomiser les individus et les familles dans l’identification et la mise en place de stratégies à long terme contre les inondations, favorisant la résilience collective.

De plus, toujours selon cette étude, les alertes d’inondations n’avaient pas d’effet protecteur pour la santé mentale des personnes interrogées, pouvant même être perçues comme un élément de stress additionnel. Les auteurs mentionnent que ce résultat pourrait être une indication des lacunes des systèmes d’alerte en place à cet endroit.

Finalement, le fait de détenir une assurance a aussi été noté comme un élément de stress. En effet, l’incertitude face à la compensation des réclamations et les problèmes avec les assureurs sont souvent invoqués comme des générateurs de stress dans la littérature, ce qui amène les chercheurs à souhaiter une nouvelle conception des assurances inondation, devant permettre d’augmenter la couverture, de simplifier les processus et d’accélérer le recouvrement des sommes.

Au Québec, dans une étude pilote visant à identifier les croyances dominantes des habitants en zone inondable envers l’adoption de comportements préventifs d’adaptation aux inondations, il a été trouvé que le facteur qui semble faciliter le plus l’adoption de comportements d’adaptation préventive en matière d’inondation serait de posséder les informations de base. Les réponses des participants permettent d’entrevoir que, bien que ceux-ci voient un avantage important à l’adoption de comportements préventifs en ce qu’ils peuvent contribuer à protéger la résidence de dommages éventuels, l’aspect financier de l’entreprise constitue un désavantage et une barrière importante (Valois et al., 2017). Par ailleurs, parmi les personnes sondées dans le cadre des travaux de l’Observatoire québécois de l’adaptation aux changements climatiques, 42 % ignorent qu’ils habitent en zone inondable ou considèrent comme minime le risque d’être inondées (Valois et al., 2016b).

Lyme

La maladie de Lyme est devenue l’infection vectorielle la plus commune en Amérique du Nord (300 000 nouveaux cas annuellement aux États-Unis, selon le Centers for Disease Control and Prevention). Bien que son entrée au Québec soit plutôt récente, la progression de la maladie est importante, passant de 32 à 327 cas de 2011 à 2017 (Portail santé mieux-être, 2017; MSSS, 2018).

Certaines personnes présentent des symptômes qui persistent plus de six mois après un traitement, ce que certains médecins appellent le « syndrome de Lyme post-traitement » (SLPT) ou le « syndrome post-maladie de Lyme ». D’autres patients présentent différents symptômes chroniques correspondant à la maladie de Lyme ou à des maladies semblables, que l’on appelle parfois « maladie de Lyme chronique »; celle-ci n’est pas reconnue par la majorité des professionnels de la santé au Canada. Il faut mener des recherches supplémentaires sur les causes de ces symptômes persistants et la maladie chronique, et sur les méthodes de traitement (ASPC, 2017).

À ce sujet, une équipe de chercheurs de Baltimore (Rebman et al., 2017) a analysé les impacts sur la qualité de vie de ces patients (qui représentent de 10 à 20 % des patients ayant eu la maladie de Lyme). Comparativement aux patients du groupe de contrôle (n = 26, patients en bonne santé), les patients victimes du SLPT (n = 71) ont rapporté, à des niveaux significatifs, plus de fatigue, de douleur, de troubles du sommeil et de dépression, ainsi qu’une qualité de vie significativement moindre. Les tests cliniques de laboratoire et les examens physiques ont démontré peu de distinction entre les deux groupes de patients, mais les questionnaires de symptômes standardisés ont révélés que les patients SLPT étaient susceptibles d’avoir une qualité de vie moindre que les participants du groupe témoin et que la population américaine en général, leurs résultats se comparant aux patients souffrant d’insuffisance cardiaque ou d’ostéo-arthrite.

Tableau 2 : Quelques résultats des questionnaires administrés dans le cadre de cette étude


  Participants SLPT Participants groupe témoin
  Léger Modéré Sévère Léger Modéré Sévère
Fatigue 23 % 27 % 50 % 52 % 5 % 0 %
Douleur articulaire 25 % 48 % 22 % 17 % 15 % 0 %
Difficulté reliée au sommeil 23 % 25 % 31 % 30 % 0 % 0 %


Dans une autre étude (Doshi et al., 2018), des chercheurs ont comparé les résultats d’un groupe de patients victimes du SLPT (n = 81) avec ceux d’un groupe de patients ayant testé positif au VIH (n = 70) et un groupe témoin de non-patients (n = 44). La dépression et les idées suicidaires ont été évaluées pour chacun des participants. Le quart des patients SLPT ont rapporté des degrés de dépression modérés à sévères. Près de 20 % des participants SLPT rapportaient avoir des idées suicidaires, comparativement à 27 % des répondants VIH et à 4,5 % des répondants non-patients. Les auteurs croient que les médecins devraient rapidement dépister la dépression chez les personnes ayant un historique de maladie de Lyme, ce qui conduirait à une prise en charge plus rapide du traitement de la dépression. Les résultats de cette étude, mentionnent les chercheurs, mettent en évidence la détresse psychologique vécue par les patients aux prises avec le SLPT.

Conclusion

Ainsi, les changements climatiques peuvent avoir des impacts vastes et non négligeables en matière de santé psychologique, étant donné qu’ils augmentent la fréquence et la sévérité de plusieurs extrêmes météorologiques. Il ressort de ces études la nécessité, pour le système de santé, d’assurer un suivi médical des sinistrés et, pour les institutions, de mettre en place des mesures de prévention et d’alertes lors d’épisodes d’événements météorologiques extrêmes ou de canicules. La formation continue des médecins et des cliniciens œuvrant en santé mentale (psychologues, travailleurs sociaux) s’avère aussi nécessaire pour les sensibiliser à la forte incidence de ces problèmes post-inondations, ou lors de vagues de chaleur. L’accompagnement, le soutien psychologique et les traitements que pourront recevoir ces personnes lors de la survenue d’un tel événement dans leur vie seront sans doute primordiaux et auront vraisemblablement des conséquences positives à long terme sur leur qualité de vie.

Références :

Agence de la santé publique du Canada. (2017). La maladie de Lyme au Canada – Cadre fédéral. Repéré à https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/publications/maladies-et-affections/maladie-lyme-canada-cadre-federal.html

Doshi, S., Keilp, J. G., Strobino, B., McElhiney, M., Rabkin, J. et Fallon, B. A. (2018). Depressive symptoms and suicidal ideation among symptomatic patients with a history of Lyme disease versus two comparison groups. Psychosomatics.

Foudi, S., Osés-Eraso, N. et Galarraga, I. (2017). The effect of flooding on mental health: Lessons learned for building resilience. Water Resources Research, 53(7), 5831‑5844.

Jermacane, D., Waite, T. D., Beck, C. R., Bone, A., Amlôt, R., Reacher, Oliver, I. (2018). The English National Cohort Study of Flooding and Health: the change in the prevalence of psychological morbidity at year two.

Ministère de la Santé et des Services sociaux. (2018). Maladie de Lyme – Tableau des cas humains – Bilan 2017. Repéré à http://www.msss.gouv.qc.ca/professionnels/zoonoses/maladie-lyme/tableau-des-cas-humains-bilan/

Mon climat, ma santé (s. d.). Vagues de chaleur. Repéré à http://www.monclimatmasante.qc.ca/vagues-de-chaleur.aspx

Mullins, J. et White, C. (2018). Temperature, climate change, and mental health: Evidence from the spectrum of mental health outcomes. California Polytechnic State University.

Portail santé mieux-être. (2017). Maladie de Lyme. Repéré à http://sante.gouv.qc.ca/problemes-de-sante/maladie-de-lyme/

Rebman, A. W., Bechtold, K. T., Yang, T., Mihm, E. A., Soloski, M. J., Novak, C. B. et Aucott, J. N. (2017). The Clinical, Symptom, and Quality-of-Life Characterization of a Well-Defined Group of Patients with Posttreatment Lyme Disease Syndrome. Frontiers in Medicine.

Valois, P., Talbot, D., Renaud, J.-S., Caron, M. et Carrier, M.-P. (2016a). Développement d’un indice d’adaptation à la chaleur chez les personnes habitant dans les 10 villes les plus peuplées du Québec. Québec : Université Laval.

Valois, P., Talbot, D., Caron, M., Renaud, J.-S., Carrier, M.-P., et Gousse-Lessard, A.-S. (2016b). Développement d’indices liés à l’adaptation aux inondations au Québec. Québec : Université Laval.

Valois, P., Renaud, J.-S., Talbot, D., Carrier, M.-P, et Caron, M. (2017). Adaptation des personnes habitant une zone inondable : identification des croyances dominantes. Québec : Université Laval.

Vida, S., Durocher, M., Ouarda, T. B. M. J. et Gosselin, P. (2012). Relationship between ambient temperature and humidity and visits to mental health emergency departments in Québec. Psychiatric Services, 63(11), 1150‑1153.

Waite, D. T., Chaintarli, K., Beck, C. R., Bone, A., Amlôt, R., Kovats, S., … Oliver I. (2017). The English national cohort study of flooding and health: cross-sectional analysis of mental health outcomes at year one. BMC Public Health, 17, 129.

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