Le dégel du pergélisol pourrait aggraver le réchauffement mondial

29 novembre 2012 11:08:00 Catégories : changements climatiques climat pergélisol
Dégradation du pergélisol
Dégel du pergélisol © MSP, Francois Morneau

Selon le nouveau rapport du PNUE, les décideurs politiques et les scientifiques devront surveiller et se préparer à des émissions importantes de dioxyde de carbone et de méthane provenant du pergélisol.

On estime que le pergélisol qui couvre près d'un quart de l'hémisphère nord pourrait contenir jusqu'à 1,700 gigatonnes de dioxyde de carbone, soit le double de la quantité actuellement présente dans l'atmosphère. Ce sont des sols, sous-sols ou roches qui se maintiennent à une température négative égale ou inférieure à 0 °C pendant une période d'au moins 2 ans. Selon un nouveau rapport publié le 27 novembre 2012 par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), si la fonte des glaces se poursuit au rythme prévu par les modélisations du climat, la libération des gaz à effet de serre stockés dans les glaces du pergélisol amplifierait le réchauffement climatique de manière significative. En outre, le rapport indique que la fonte du pergélisol pourrait modifier les écosystèmes de manière radicale et causer des dommages coûteux sur les infrastructures, principalement en raison de l'instabilité des sols rendus fragiles par le dégel.

Le rapport « Policy Implications of Warming Permafrost » recommande au GIEC de mener une évaluation spéciale sur le pergélisol. Il recommande également la création de réseaux de surveillance et de plans nationaux d'adaptation. Ces étapes sont indispensables pour faire face aux impacts potentiels de cette source importante d'émissions de gaz à effet de serre (GES) qui pourrait rapidement devenir un facteur majeur du réchauffement climatique.

Achim Steiner, Directeur exécutif du PNUE et Secrétaire général adjoint de l'ONU, a déclaré à ce sujet : « L'impact potentiel de la fonte du pergélisol sur le climat, les écosystèmes et les infrastructures a été négligé pendant trop longtemps. Ce rapport cible les négociateurs du traité sur le climat, les décideurs politiques et le grand public. Il a pour but de sensibiliser ces derniers aux conséquences qui pourraient découler d'une sous-estimation des défis liés au réchauffement du pergélisol. »

La glace du pergélisol s'est formée pendant ou depuis la dernière période glaciaire et s'enfonce jusqu'à des profondeurs de plus de 700 mètres dans certaines régions du nord de la Sibérie et du Canada. Le pergélisol se compose d'une couche active pouvant mesurer jusqu'à deux mètres d'épaisseur. Cette couche active dégèle chaque été et gèle de nouveau chaque hiver. En dessous de cette couche, le sol est gelé en permanence.
Si la couche active devait varier en épaisseur à cause du réchauffement climatique, d'énormes quantités de matières organiques stockées dans les sols gelés commenceraient à se décongeler et à se décomposer, libérant progressivement de grandes quantités de CO2 et de méthane dans l'atmosphère. Une fois le processus enclenché, il serait irréversible sur des échelles de temps humaine.

Les températures arctiques et alpines devraient augmenter à peu près deux fois plus rapidement que la moyenne mondiale. En outre, les projections climatiques indiquent qu'une fonte importante de glace du pergélisol devrait survenir en 2100. Or, une augmentation de la température mondiale de 3 °C correspond à une augmentation de 6 °C dans l'Arctique, ce qui entraînerait un dégel irréversible de 30 à 85 pour cent de la surface du pergélisol. La fonte des glaces du pergélisol pourrait entraîner des émissions de 43 à 135 gigatonnes de dioxyde de carbone d'ici à 2100, et de 246 à 415 gigatonnes d'ici à 2200. Ce rejet d'émissions pourrait démarrer dans les prochaines décennies et se poursuivre pendant plusieurs siècles. Les émissions liées au dégel du pergélisol pourraient finalement représenter jusqu'à 39 pour cent des émissions totales de GES au niveau mondial.

Une menace pour les écosystèmes et les infrastructures
Le réchauffement du pergélisol entraîne également des conséquences négatives, en termes de dommages, au niveau des écosystèmes et des infrastructures.

La fonte du pergélisol provoque une faiblesse structurelle des sols, ce qui conduit à un affaissement des fondations pouvant endommager ou même détruire les bâtiments, les routes, les pipelines, les chemins de fer et les lignes électriques. Or, une défaillance des infrastructures peut avoir de lourdes conséquences sur l'environnement. À titre d'exemple, en 1994, au nord de la Russie, la rupture de l'oléoduc du champ pétrolier de Vozei a entraîné un déversement de 160.000 tonnes de pétrole dans la nature, soit la plus grande marée noire terrestre jamais observée.

Construits dans des régions recouvertes de pergélisol discontinu dont la température tend à être de plus en plus élevée, les routes, les bâtiments et autres infrastructures situées le long de la côte Arctique (où la teneur en sel peut causer de petits changements de température et transformer la glace en eau souterraine) sont les plus vulnérables aux dommages.
D'ici à 2030, le changement climatique pourrait d'ores et déjà peser jusqu'à 6,1 milliards de dollars supplémentaires sur le futur budget pour le renouvellement de l'infrastructure publique de l'État américain de l'Alaska. Alors qu'il existe peu d'études et de rapports évaluant les impacts économiques de la dégradation du pergélisol, ceux-ci indiquent clairement que les coûts de maintenance et de réparation des infrastructures augmenteront.
«La fonte du pergélisol représente un changement physique radical accompagné d'énormes répercussions sur les écosystèmes et l'infrastructure humaine. Chaque nation doit individuellement développer des plans pour évaluer les risques, les coûts et les stratégies de réduction des dommages pour protéger les infrastructures humaines situées dans les régions du pergélisol les plus vulnérables à la fonte, » a déclaré M. Schaefer.

Le rapport fournit les recommandations spécifiques suivantes afin de trouver une solution aux potentiels impacts économiques, sociaux et environnementaux dus à la dégradation du pergélisol, dans un contexte de réchauffement climatique:

  • L'élaboration d'un rapport spécial sur les émissions de pergélisol
  • La création de réseaux nationaux de surveillance du pergélisol
  • La création de plan d'adaptation : Les pays largement recouverts de pergélisol, comme le Canada, devraient envisager d'évaluer les risques potentiels, en incluant les dommages et les coûts que la dégradation du pergélisol pourrait provoquer sur les infrastructures publiques nationales. Actuellement, la plupart des pays ne disposent pas de tels plans. Or ceux-ci peuvent aider les décideurs politiques, les planificateurs nationaux et les scientifiques à quantifier les coûts et les risques associés à la dégradation du pergélisol.

Ces données concordent avec le récent rapport d’Ouranos Le pergélisol et les changements climatiques dans les régions côtières du Canada nordique qui fait état d’une dégradation de 50% des zones de pergélisol discontinu du Nunavik depuis 1957. Une situation grave qu’il ne faut pas laisser devenir une bombe à retardement!

En savoir plus :
Le rapport complet peut être téléchargé ici: http://www.unep.org/pdf/permafrost.pdf
Source :
Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE)

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