Inondations et maladies cardiovasculaires : un lien?

Par Mélanie Beaudoin 22 mai 2018 15:17:00

Faire contre mauvaise fortune bon cœur. C’est un peu ce que l’on pourrait dire des catastrophes naturelles, qui réussissent tout de même à fournir des terrains d’étude pour les chercheurs. Pour mieux comprendre. Pour mieux prévoir. Pour que la prochaine survenue d’un tel événement ne fasse pas autant de dommages.

C’est dans ce contexte que des chercheurs ont étudié les inondations de Saint-Jean-sur-Richelieu de 2011, afin de déceler les liens entre les maladies cardiovasculaires (MCV) et ces tristes événements. En fait, il y a très peu d’information concernant la relation entre les inondations et les MCV, alors que le stress physique et psychologique vécu par les sinistrés pourrait avoir un impact sur la santé cardiovasculaire de ceux-ci. Grâce à la géomatique, les chercheurs ont pu établir clairement les codes postaux des zones inondées et les populations touchées par la crue de la rivière Richelieu en 2011. Des comparaisons ont pu être faites entre i) les événements cardiovasculaires du printemps 2011 et ceux de la même période en 2010 et en 2012, ii) les événements cardiovasculaires chez les personnes inondées et chez les non-inondées; et iii) le risque d’événements cardiovasculaires selon l’intensité de l’inondation.

Dans la littérature scientifique, les MCV et les inondations ont été parfois associées, alors que, dans d’autres circonstances, le lien n’a pu être démontré. Ainsi, lors de l’ouragan Katrina, une proportion importante de mortalité cardiovasculaire et de consultations médicales dues aux MCV a été montrée. On a attribué ce phénomène à une brisure dans la continuité des soins. On a aussi trouvé que la principale barrière à la continuité des soins était la difficulté pour les patients à maintenir une médication stable en raison de leur manque de connaissances et du manque de réserve de médicaments. Au Japon, une augmentation de l’arrêt de la médication a été rapportée chez les sinistrés des inondations de 2006. Les personnes ayant arrêté la prise de leurs médicaments étaient plus susceptibles de voir leur santé se détériorer. Toutefois, à la suite des inondations de 1997 en Europe de l’Est, l’augmentation des décès cardiovasculaires en République tchèque n’était pas statistiquement significative.

Dans le cadre de cette étude, à Saint-Jean-sur-Richelieu, l’augmentation des nouveaux cas de MCV aiguës de près de 25 % n’a pu être établie de façon significative en lien avec les inondations. Les chercheurs émettent certaines hypothèses pour expliquer ce constat :

  • le petit nombre d’événements aigus observés dans la région inondée peut s’expliquer par le manque de puissance statistique à détecter les différences, comparativement à une ville de plus grande taille;
  • les inondations au Québec ont été beaucoup moins importantes et dommageables comparativement à d’autres rapportées dans la littérature, comme lors de l’ouragan Katrina ou le tsunami au Japon;
  • les mesures d’urgence déployées lors de catastrophes naturelles au Québec sont importantes.

Les chercheurs rappellent que, pendant la crise à Saint-Jean-sur-Richelieu, une équipe de soutien psychosocial a rapidement été déployée sur les lieux de la catastrophe et elle était présente sur le terrain tous les jours. Plusieurs intervenants ont sillonné les municipalités pour rencontrer les gens à leur domicile ou à l’endroit où ils logeaient. De plus, l’accès aux services de santé n’était pas affecté. Ces éléments ont sans doute contribué au bilan plus positif du point de vue des MCV.

Pour consulter le document complet : Conséquences des inondations de la rivière Richelieu en 2011 sur la survenue d’événements cardiovasculaires : une approche méthodologique innovante

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