Comportements d’adaptation : l’importance de tenir le bon discours

19 juillet 2016 11:29:00 Catégories : adaptation chaleur changements climatiques climat

L’été est commencé et, selon les pronostics des agences météorologiques, il sera chaud et sec au Canada. Si l’arrivée de cette chaleur est synonyme de plage et de terrasses pour certains, elle est aussi source d’inconfort pour d’autres. Ces dernières années, au Québec, les vagues de chaleur ont amené une augmentation des transports en ambulance, des hospitalisations, et même des décès. En effet, la vague de chaleur qu’a connue le Québec en 2010 a mené à 3400 hospitalisations supplémentaires, alors que les excès de décès se sont élevés à 2801. Les maladies et les décès liés à la chaleur sont sous-estimés, car ils sont souvent répertoriés sous d’autres formes de comorbidités, telles les maladies respiratoires ou cardiovasculaires; l’incidence réelle et la prévalence des maladies liées à la chaleur demeurent donc méconnues2.

Les populations vulnérables sont-elles conscientes des effets de la chaleur sur leur santé? Encore plus : sont-elles prêtes à adopter des comportements leur permettant de s’adapter à la chaleur? C’est l’une des choses que l’équipe de l’Observatoire québécois de l’adaptation aux changements climatiques (OQACC) tente de vérifier en développant des indicateurs d’adaptation à la chaleur.

Statistiques d’adaptation au Québec

Selon l’équipe de l’OQACC3, plus une personne adopte certaines recommandations, plus elle aura de la facilité à s’adapter aux périodes de chaleur. Parmi ces recommandations, mentionnons : se couvrir la tête lorsque le soleil frappe fort, se rafraîchir en prenant une douche ou un bain plus souvent qu’à l’habitude, consommer principalement de l’eau plate pour s’hydrater, restreindre l’utilisation de certains appareils ménagers pour éviter l’émission de chaleur (four, sécheuse) et rechercher des lieux climatisés ou des points d’eau.

Selon un sondage effectué à l’automne 2015 pour le compte de l’OQACC, les comportements les plus populaires sont de boire principalement de l’eau plate (79,0 %), de fermer les rideaux pour conserver la fraîcheur du lieu (72,8 %) et de modifier ses activités en fonction des avertissements de chaleur émis par les médias (68,6 %). À l’opposé, on constate que les personnes interrogées n’ont pas tendance à rechercher des lieux climatisés autres que leur propre logement (13,8 %), à se baigner dans une piscine, un lac ou un cours d’eau (37,0 %), ou à se couvrir la tête lorsque le soleil frappe fort (39,7 %).

Près de 40 % de la population interrogée rapporte être incommodée par la chaleur sur le plan de sa santé physique, et 19,0 % quant à sa santé mentale. Les problèmes de santé qui affectent le plus les personnes sont reliés au système respiratoire (7,4 %) : asthme, bronchite chronique et emphysème. D’autres symptômes sont également ressentis : 14,4 % des répondants perçoivent de la fatigue et un manque d’énergie, 5,1 % éprouvent de la difficulté à dormir et 5,0 % se disent plus irritables.

Qui s’adapte?

Le sondage effectué démontre qu’en général, les femmes s’adaptent davantage à la chaleur que les hommes, en appliquant les recommandations mentionnées précédemment. Elles sont aussi plus nombreuses que les hommes à dire qu’elles ressentent un risque modéré, élevé ou très élevé pour leur santé lors de vagues de chaleur.

Les personnes de 70 ans et plus sont l'un des groupes d'âge qui perçoivent un plus grand risque de la chaleur pour leur santé. Plus précisément, c'est 33,5 % qui disent ressentir un risque modéré, élevé ou très élevé lors de vagues de chaleur. En dépit du fait qu’elles comptent parmi celles qui se perçoivent le plus à risque lors de vagues de chaleur, les personnes âgées sont aussi parmi celles qui s’adaptent le moins. Dans cette optique, les autorités de santé publique auront avantage à mettre l’accent sur la prévention à l’égard des aînés, car leur état de santé – souvent plus fragile – les rend aussi plus vulnérables et intolérants à la chaleur. L’OQACC entreprendra prochainement une étude à ce sujet, devant permettre de mieux cerner ce qui, chez les personnes âgées, peut freiner ou favoriser l’adoption de comportements préventifs lors de vagues de chaleur. Cette compréhension pourra certainement aider les intervenants en santé publique à mieux orienter leurs interactions avec la population.

Passer le message

Lorsqu’il est question d’adaptation, la façon de communiquer peut être synonyme de succès ou d’échec du message. Une étude récente4 montre que, dans la lutte contre les changements climatiques, mettre l’accent sur la responsabilité collective plutôt qu’individuelle pourrait être plus efficace afin de faire changer des comportements. En effet, des chercheurs ont distribué des questionnaires différents à trois groupes de personnes : le questionnaire attribué au premier groupe contenait des questions axées sur la responsabilité individuelle (« Comment contribuez-vous au changement climatique? »); celui du deuxième groupe contenait des questions sur la responsabilité collective (« Comment les changements climatiques sont-ils causés? »); finalement, un groupe témoin a été interrogé sur sa vie quotidienne, sans lien avec les changements climatiques (« Quelle est votre routine matinale? »). À la suite de ces questions, les participants devaient indiquer combien ils étaient prêts à donner à un groupe environnemental s’ils remportaient l’un des prix de participation de 100 $. Les répondants du groupe ayant obtenu le questionnaire sur la responsabilité collective ont été plus enclins à donner que ceux du groupe témoin ou ceux ayant répondu au questionnaire sur la responsabilité individuelle.

Une première étude avait été réalisée auprès de membres de l’organisme environnemental; les chercheurs ont reproduit leur étude dans la population générale, et le constat a été le même.

Confronté à ses contradictions

L’une des explications possibles pour ce comportement, selon les chercheurs, est le principe de dissonance cognitive, qui réfère à un inconfort psychologique expérimenté par une personne qui tient des croyances, des idées ou des valeurs contradictoires simultanément, ou qui reçoit de l’information qui entre en conflit avec ses croyances, idées ou valeurs. La dissonance conduira souvent les individus à réduire leur conflit interne en harmonisant leurs croyances avec leurs comportements, ou vice-versa. Dans le contexte précis de cette étude, les chercheurs mentionnent que les répondants ont, pour la plupart, répondu qu’ils croyaient aux changements climatiques. Il pourrait donc être possible de déduire que les répondants du questionnaire portant sur la responsabilité personnelle ont pu voir leurs comportements comme étant en conflit avec leurs croyances. La dissonance a ainsi pu réduire leurs comportements et intentions pro-climat!

Les chercheurs concluent que le fait de souligner la responsabilité personnelle dans le cadre du discours sur la lutte contre les changements climatiques ne fournit pas une motivation suffisante pour impliquer une modification des habitudes; présenter le changement climatique comme un problème de société avec des moyens individuels de contribuer à la solution semble être plus persuasif.

Bien que de plus amples études soient nécessaires pour confirmer ces résultats, la teneur du message pourrait faire en sorte que les gens adoptent ou non des comportements d’adaptation. Les acteurs de santé publique devront en tenir compte dans leurs communications aux populations vulnérables.

Sources

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