Changements climatiques : et si l’on se souciait des petits?

Par Mélanie Beaudoin 28 juin 2017 13:28:00

À l’heure où le président américain, Donald Trump, a annoncé qu’il allait retirer les États-Unis de l’Accord de Paris sur les changements climatiques, de nombreuses questions sont soulevées. Les dirigeants de plusieurs pays ont signalé leur déception devant ce fait accompli : le président français Emmanuel Macron a plaidé en anglais « make the planet great again », la chancelière allemande Angela Merkel a qualifié le geste « d’extrêmement regrettable », le premier ministre canadien Justin Trudeau s’est dit « profondément déçu ». Quant aux dirigeants de multinationales américaines, plusieurs voient comme un non-sens cette décision qui risque d’affaiblir leur pays plutôt que de lui redonner des ailes. General Motors, General Electric, Disney, Tesla et même des compagnies pétrolières ont signalé qu’ils allaient poursuivre leurs efforts pour lutter contre les changements climatiques, que la menace du climat était réelle et actuelle, et que le retrait des États-Unis constituait un recul pour leur pays.

Parmi ces citations dénonciatrices, certains, dont Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, Arnold Schwarzenegger, ancien sénateur de la Californie, et Bill Clinton, ancien président américain, ont affirmé que cette décision mettait « le futur de nos enfants à risque »... Ironique que la décision de l’administration Trump ait fait cette annonce le 1er juin, qui est aussi, dans plusieurs pays du monde, la journée internationale de l’enfance… Alors qu’on tente par tous les moyens de faire vivre le concept de développement durable, comment interpréter cette décision face aux générations futures? Quels sont les effets des changements climatiques sur cette population spécialement vulnérable que sont les enfants? Les enfants sont affectés par les changements climatiques de toutes les façons. Chaleur, virus, événements météorologiques extrêmes, qualité de l’air sont tous des facteurs qui pourront avoir un impact sur la santé des enfants.

Si les enfants sont affectés par les mêmes aléas que les adultes, il n’en demeure pas moins qu’ils sont plus vulnérables à ceux-ci. Leur métabolisme et physiologie encore immatures, leur développement incomplet ou encore leur exposition à l’air, à la nourriture et à l’eau par unité de poids corporel font en sorte qu’ils sont plus à risque.

Chaleur

Plusieurs études ont démontré la vulnérabilité des enfants à la chaleur. Une augmentation des visites aux urgences et des hospitalisations pédiatriques ont été notées durant les épisodes de chaleur extrême aux États-Unis et ailleurs, principalement en raison de problèmes rénaux ou respiratoires1. L’augmentation des températures peut également avoir des incidences sur l’issue des grossesses, incluant des mortalités périnatales et des accouchements prématurés. Une diminution du poids à la naissance est aussi observée lorsque la mère a été exposée à des températures extrêmes, principalement pour les groupes socioéconomiques plus défavorisés, bien que l’impact soit modeste (10 g par semaine d’exposition)2.

Si la chaleur a un impact sur les jeunes enfants, elle peut aussi avoir des conséquences sur la santé des adolescents, comme les sportifs d’élite qui s’entraînent à l’extérieur ou encore les adolescents occupant des emplois d’été à l’extérieur (travail sur la ferme, sauveteurs, etc.). Des cas de déshydratation ou de coups de chaleur sont fréquemment rapportés. Aux États-Unis, le nombre de décès causés par des coups de chaleur chez les footballeurs des écoles secondaires ou collégiales a doublé dans la dernière décennie3.

Qualité de l’air

Les gaz à effet de serre responsables des changements climatiques, notamment le CO2, sont des polluants de l’air reconnus. De même, les vagues de chaleur augmentent les concentrations d’ozone. Les fœtus, les bébés et les enfants sont particulièrement sensibles aux effets de la pollution atmosphérique sur la santé. Ils sont encore en croissance et leurs poumons n’ont pas fini de se développer. Les enfants sont plus exposés à la pollution atmosphérique parce qu’ils inspirent une plus grande quantité d’air par kilogramme de poids corporel et qu’ils passent plus de temps à l’extérieur que les adultes4.

Les changements climatiques pourraient être responsables d’une augmentation des cas d’asthme chez les enfants en raison d’une augmentation des polluants atmosphériques, notamment de l’ozone. L’ozone est aussi associé avec des troubles de croissance et de fonctionnement des poumons.

Par ailleurs, les incendies de forêt, qui peuvent augmenter en raison des changements climatiques, engendrent des particules fines qui pourront avoir de nombreux effets sur la santé des enfants, comme des difficultés respiratoires, l’exacerbation de l’asthme et des bronchites chroniques5.

Les rhinites allergiques causent aussi des désagréments et des inconforts aux tout-petits, alors que les changements climatiques augmentent la durée de la saison des allergies, de la production de pollens et de la dispersion de ceux-ci. Au Canada, une étude dans cinq villes (Vancouver, Saskatoon, Winnipeg, Hamilton et Halifax), en 2003, a permis d’estimer la prévalence de la rhinite allergique chez les jeunes de 13 à 14 ans à environ 15 à 23 %, selon la ville6. Sur l’île de Montréal, une étude a estimé à environ 16 % la prévalence de manifestations allergiques associées à l’herbe à poux chez les enfants (6 mois à 12 ans), en 20067.

Maladies infectieuses

Les maladies infectieuses pourront aussi affecter la santé des enfants dans un contexte de changements climatiques. Plusieurs infections sont fortement influencées par le climat, comme celles causées par le virus Vibrio ou différentes bactéries (E. coli, Salmonella, etc.). Ainsi, les risques d’épisodes de gastroentérites, qui sont plus importants par temps chaud et humide, pourraient augmenter, ce qui affecte particulièrement les plus petits. Par ailleurs, la maladie de Lyme ou le Virus du Nil occidental, transmis par des insectes, pourraient toucher également les enfants. Aux États-Unis, on mentionne que la maladie de Lyme affecte 300 000 personnes annuellement, les garçons de 5 à 9 ans étant les plus à risque8. Et c’est sans compter les impacts sanitaires plus importants touchant les populations des pays en développement (choléra, malaria, dengue…).

Catastrophes météorologiques

Les événements météorologiques extrêmes auront des impacts sanitaires sur les enfants, autant de façon directe qu’indirecte. Lorsqu’on pense à l’effet des désastres naturels, en progression avec l’intensification des changements climatiques, on peut être porté à ne voir que les effets sur la santé physique : blessures, risques de contamination causée par les moisissures, etc. Dans les 24 heures suivant l’ouragan Ike, à Cuba, plus de 500 admissions aux urgences de l’hôpital pour enfants de Camagüey avaient été enregistrées9.

Toutefois, il peut être facile d’oublier, parce que moins sensationnalistes, tous les impacts sociaux et psychologiques pour les enfants, qui ont besoin d’un cadre familier et d’une routine pour maximiser leur développement. Les désastres naturels provoquent des modifications importantes de leur contexte familial, scolaire et communautaire. On évalue à plus de 5 000 le nombre d’enfants ayant été séparés de leur famille après les ouragans Katrina et Rita, aux États-Unis10. On mentionne qu’un enfant qui change d’école a besoin de 4 à 6 mois pour récupérer et s’adapter au changement d’environnement, sur le plan scolaire. Après l’ouragan Katrina, les étudiants de Louisiane qui avaient déménagé d’école ont, en moyenne, obtenu de moins bons résultats dans toutes les matières en comparaison avec les autres étudiants11.

Par ailleurs, les conséquences peuvent se répercuter sur les enfants à naître de femmes enceintes ayant vécu de tels événements. Une étude parue en 2008 dans la revue scientifique American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, et signée par les docteurs David Laplante et Suzanne King, de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas de l’Université McGill, a conclu que le stress vécu par un échantillon de 179 femmes enceintes au moment de la tempête du verglas, au Québec, en 1998, a eu des effets sur le développement à long terme de leurs enfants. Ils présentaient des retards de langage et de quotient intellectuel, même 5 ans et demi après les événements. Les deux chercheurs pensent qu’il est possible d’extrapoler les résultats à toute catastrophe naturelle similaire12.

Effets indirects

Les effets sur la santé mentale des enfants ne sont pas minimes. Bien que la majorité des études à ce jour ait traité des troubles de stress post-traumatiques reliés à des événements météorologiques extrêmes, les effets économiques qui peuvent être vécus par les parents pourraient avoir un effet indirect sur les enfants. La sécurité économique, l’inclusion sociale, l’absence de violence et de discrimination sont importantes pour le bien-être et la santé mentale. Ces éléments, qui comptent parmi les fondations de la santé mentale des enfants, peuvent être affectés par les conséquences de divers événements liés aux changements climatiques.

Les enfants sont affectés par les impacts des changements climatiques à l’heure actuelle, et les prévisions climatiques démontrent que ces bouleversements climatiques iront en s’intensifiant. À moins que la communauté internationale ne donne un grand coup de barre pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et freiner la hausse globale des températures, il semble que la santé des petits est déjà hypothéquée… Heureusement, on peut encore compter sur les actions en adaptation pour permettre aux générations futures d’atténuer les impacts des changements climatiques sur la santé des enfants.

Mais une chose est claire, on ne peut pas compter sur Donald Trump…

Sources

  • 1 Ahdoot, S. et coll. « Global Climat change and children’s Health », Pediatrics, vol. 136, numéro 5, Novembre 2015.
  • 2 Ngo, N. S. et Horton, R. M. (2016). Climate change and fetal health: The impacts of exposure to extreme temperatures in New York City. Environmental Research, 144, 158‑164. doi:10.1016/j.envres.2015.11.016
  • 3 Ibid, note1.
  • 4 Environnement et Changements climatiques Canada. La Cote air santé pour vos enfants
  • 5 Perera, F. P. (2017). Multiple Threats to Child Health from Fossil Fuel Combustion: Impacts of Air Pollution and Climate Change. Environmental Health Perspectives, 125(2), 141‑148. doi:10.1289/EHP299
  • 6 Wang et al. (2010) Disparate geographic prevalences of asthma, allergic rhinoconjunctivitis and atopic eczema among adolescents in five Canadian cities. Pediatr Allergy Immunol. 2010 Aug;21(5):867-77
  • 7 Jacques et al. (2008). Prévalence des manifestations allergiques associées à l’herbe à poux chez les enfants de l’île de Montréal. Direction de sante publique, Agence de la sante et des services sociaux de Montreal.
  • 8 Ibid, note1.
  • 9 Ibid, note1.
  • 10 Ibid, note1.
  • 11 Idem.
  • 12 David Laplante, King, Alain Brunet et Norbert Schmitz, « Project Ice Storm: Prenatal Maternal Stress Affects Cognitive and Linguistic Functioning in 51/2-Year-Old Children », Journal of American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, AACAP, vol. 47, no 9,‎ septembre 2008, p. 1063-1072.
Niveau avancébouton régulier