Développement durable et changement climatique : Un avenir durable, est-ce possible au Canada?

Par Mélanie Beaudoin 23 novembre 2016 10:35:00

Le gouvernement du Canada a lancé sa Stratégie fédérale de développement durable pour les années 2016 à 2019. Intitulée Réaliser un avenir durable1, la Stratégie comprend treize objectifs et des cibles spécifiques et mesurables. Trois priorités transversales sont proposées, soit l’assurance d’évaluations environnementales approfondies, le respect des droits des peuples autochtones et la mise en œuvre de lois environnementales bien établies.

Cette stratégie arrive à point nommé alors que la commissaire à l’environnement et au développement durable mentionnait, dans son message aux parlementaires à l’automne 2015, que :

« [les] audits annuels des progrès accomplis par les ministères et organismes de l’administration fédérale dans la mise en œuvre de leurs propres stratégies de développement durable ont montré que ceux-ci ne tenaient systématiquement pas compte de la question de l’environnement dans leur processus décisionnel, et qu’ils ne démontraient pas d’engagement en faveur de la stratégie fédérale de développement durable du Canada. Le Cabinet a officiellement demandé aux ministères et aux organismes d’effectuer des évaluations environnementales stratégiques pour informer les ministres des effets sur l’environnement des propositions de politique, de projet et de programme qu’on leur demande d’approuver. Cependant, nous avons constaté que les ministères n’ont pas bien suivi cette directive du Cabinet. Il en résulte que les ministres n’avaient pas toujours l’information sur les effets positifs ou négatifs sur l’environnement des propositions qu’on leur soumettait2. »

La commissaire avait abordé son mandat, en 2014, en spécifiant que le Canada n’en faisait pas assez en matière de changements climatiques et que les engagements pris par le Canada ne pourraient être remplis :

« Si le Canada n’honore pas ses engagements en matière de changements climatiques, il ne peut pas s’attendre à ce que d’autres pays honorent les leurs. Or, si les pays ne réussissent pas à réduire leurs émissions, la gravité des problèmes environnementaux et économiques que nous léguerons à nos enfants et petits-enfants – conditions météorologiques extrêmes plus fréquentes, réduction de la qualité de l’air, élévation du niveau des océans et propagation de maladies transmises par les insectes – dépassera probablement tout effet positif potentiel, comme une période d’agriculture plus longue3. »

Des objectifs en changements climatiques

Le message de la commissaire a semblé porter ses fruits. D’entrée de jeu, la Stratégie aborde la question des changements climatiques, mentionnant que l’adaptation est essentielle pour lutter contre cette problématique :

« [L’adaptation] consiste à prendre des décisions intelligentes, réfléchies et prospectives. Des mesures d’adaptation efficaces peuvent sauver des vies, diminuer les dommages, et réduire les coûts sur le long terme pour les particuliers, les entreprises, les organisations et les gouvernements ».

Parmi les mesures d’action identifiées, la Stratégie met de l’avant l’efficacité énergétique de ses immeubles et équipements. Le gouvernement mentionne avoir réservé 129,5 millions de dollars sur cinq ans pour entre autres protéger la santé et le bien-être des Canadiens et renforcer la résilience des collectivités nordiques et autochtones. L’une des mesures de contribution est l’élaboration d’une base solide de recherche, de modélisation et d’analyse scientifique sur le changement climatique afin de développer les connaissances du changement climatique et de ses effets présents et futurs, pour différentes zones géographiques. Une surveillance accrue des impacts sanitaires du changement climatique est aussi visée par cette base de connaissances. Le gouvernement fédéral pourra s’inspirer des travaux de nombreux chercheurs québécois qui s’affairent dans ce domaine depuis plusieurs années, notamment chez Ouranos et à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ)4. Couplé à ce premier objectif, le suivant vise à réduire les émissions de carbone des opérations gouvernementales, notamment par la modernisation du parc de véhicules.

Le gouvernement a spécifiquement établi comme objectif de rendre ses infrastructures plus modernes et résilientes, notamment par le biais du financement des initiatives d’infrastructures vertes qui réduisent les émissions de gaz à effet de serre (GES) et améliorent la résilience climatique et la qualité de l’environnement. Ainsi, les initiatives liées aux infrastructures vertes actuellement mises en œuvre dans le cadre de la Phase 1 du plan d’infrastructures dans un certain nombre de ministères visent à pour lutter contre les changements climatiques et à intégrer la résilience au climat dans les guides et les codes du bâtiment. La phase 2, qui devrait être annoncée au cours de la prochaine année, sera développée avec les partenaires provinciaux, territoriaux, municipaux et autochtones, ainsi qu’avec des investisseurs institutionnels mondiaux et d’autres intervenants. Les investissements de la Phase 2 feront avancer les engagements à l’égard des réductions de GES, de la résilience au climat, et d’une meilleure qualité environnementale.

Quelques oublis…

Bien que la Stratégie traite, parmi ses treize objectifs, des côtes et des océans sains, on n’y retrouve pas de considération particulière pour la protection des berges, malmenées par l’érosion dans plusieurs régions du pays, notamment dans l’Est-du-Québec, à l’Île-du-Prince-Édouard et en Colombie-Britannique. Pourtant, les changements climatiques ont notamment comme impact de causer une augmentation des épisodes d’événements extrêmes qui peuvent affecter les berges et causer bien des soucis aux propriétaires riverains.

La Stratégie aborde également la question des terres et des forêts qui doivent être gérées de façon durable et de la préservation des espèces sauvages. Toutefois, il aurait été opportun de mettre de l’avant des initiatives de concertation avec les provinces et les municipalités pour aborder la question de la préservation de la forêt urbaine et de la création de trames vertes et bleues. La création de corridors de végétation dans les villes permet non seulement de lutter contre les îlots de chaleur urbains, mais de favoriser une plus grande biodiversité et une meilleure gestion des eaux pluviales en milieu urbain. Qui plus est, le verdissement des villes permettrait au gouvernement fédéral de se connecter avec son dernier objectif, soit de rapprocher les Canadiens de la nature. Le gouvernement s’est en effet fixé comme cible de maintenir ou d’augmenter le nombre de Canadiens qui profitent de la nature, par exemple en visitant des parcs ou des espaces verts. Les bénéfices des espaces verts urbains sur la santé étant bien documentés5, on ne saurait être en désaccord avec cette intervention!

Le onzième objectif de la Stratégie concerne l’alimentation durable. Il y est mentionné que, d’ici 2019, le gouvernement souhaite avoir élaboré une politique alimentaire qui comprend la promotion d’un mode de vie sain et d’une alimentation sûre, ce qui s’inscrit dans la ligne de l’annonce récente d’une révision du Guide alimentaire canadien, dont la nouvelle mouture devrait voir le jour dans ce délai6 (une séance de consultation est d’ailleurs en cours à ce sujet. Vous pouvez y participer!). Il aurait été temps de mettre de l’avant les concepts d’alimentation locale et de flexitarisme (le semi-végétarisme), permettant une réduction des émissions de GES, un soutien à l’agroentreprise locale et un bénéfice net sur la santé, rapporté par l’Organisation mondiale de la Santé7. La relation entre l’alimentation et les changements climatiques aurait pu être mentionnée.

On ne peut pas être contre la vertu. La Stratégie de développement durable du gouvernement fédéral est remplie de cibles à court et plus long terme devant permettre une amélioration des actions gouvernementales, dans une perspective de préservation des ressources pour les générations futures. Elle appelle un grand nombre de ministères et de partenaires à travailler de concert pour sa réussite. Toutefois, la Stratégie est à forte saveur environnementale. Bien que l’on sente un effort pour intégrer les communautés autochtones et inuites, la dimension sociale du développement durable, notamment dans les questions de la santé des populations, de l’éducation, des inégalités sociales ou de l’égalité homme-femme, apparaît nettement moins structurée, en filigrane dans le document. Et pour que le développement durable s’imprègne au sein de l’appareil gouvernemental, il faudra que les décideurs y croient; ils doivent mettre la main à la pâte, joindre la parole à l’acte pour éviter que ce projet ne reste qu’un vœu pieux, comme tant d’autres…

Sources

Niveau avancébouton régulier